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Spirou la gaffe !

Le 3 juin 2013, 08:07 dans chats et plus 0

Le mot de Spirou.

Le 3 juin 2013, 08:06 dans chats et plus 0

 

Mes origines :

Je suis né le  12 avril 2008, dans les ruines d’une petite ferme abandonnée, loin des hommes, le long d’un watergang, en pays flamand. Notre fratrie de quatre ne donnait pas trop de souci à notre mère vénérée. Rapidement, elle nous a tout appris sur la survie d’un chat en campagne. Elle nous a inculqué les notions de liberté, d’indépendance, de méfiance. Nous étions heureux tous les cinq dans cette vieille cahute, havre de paix merveilleux. Le programme de la journée était toujours le même, avec quelques variantes dans notre progression vers le monde des grands chats. La nourriture était bonne, car maman était une subtile chasseuse. Je l’observais dans sa tactique pour attraper rapidement ses proies. Chasser devenait pour moi, le seul objectif de ma vie. Moi aussi je deviendrai un grand chasseur. Puis il y avait les séances de relaxation précédées par nos toilettages minutieux. Maman était exigeante sur la propreté de nos corps. Elle nous ronronnait toujours qu’un corps bien entretenu est le reflet d’un mental sans tache. Nous aurions pu vivre mille ans dans ce bonheur… 

La déchirure : 

Un matin de juin, alors que le soleil montait déjà vite dans le ciel et que nous cinq, nous nous reposions d’une nuit passée à chasser, un vacarme me réveilla en sursaut. Maman dans un dernier cri, nous rappela que la fuite était une nécessité à notre survie. En un clin d’œil ma famille s’éclata en diverses directions. Je pris le parti de filer droit, hors de la vieille cabane, par le trou de la fenêtre, tout en évitant la gueule d’un énorme chien encouragé par un homme. De l’autre coté du mur je filais vers le watergang. C’est à ce moment là, que j’ai entendu le coup de feu.  Là allongé le long de l’eau, j’ai attendu de longs moments. Le calme revenait lentement. Mon cœur s’est apaisé. Le silence de nouveau planait sur notre cabane. Puis, j’ai osé, osé revenir à pas lents, en rampant, vers ma maison, vers ma famille. Plus rien. Le vide. Personne. Je venais de perdre à jamais les seuls êtres que j’aimais. Soudain mon regard s’est porté vers notre couche. Horreur, notre dernière petite sœur gisait dans une mare de sang. Le chasseur l’avait tuée net. Ecœuré par ce monde de fous, j’ai pris la route au hasard, en marchant toujours le soleil dans le dos.  J’ai pleuré, beaucoup pleuré en silence. Il faut toujours serrer les dents. Nous avons appris tout ça, nous les chats, depuis plus de cinq mille ans. Il y a comme ça sur terre des groupes d’êtres vivants pourchassés par le reste du monde. Maman appelait ça : la malédiction. Pour ma survie, j’ai mis en application les préceptes de ma Maman. Ce n’était plus un jeu pour moi : Se fondre dans la nature. (Toujours penser aux formes, aux ombres, aux mouvements, aux éclairages et aux couleurs…)  Chasser pour se nourrir et s’entraîner tous les jours. Beaucoup dormir. Rester propre et fier. Le plus difficile a été d’endurcir mes pattes au contact du sol. Hé je n’avais que trois mois ! J’ai vu de loin des animaux étranges, avec de grosses mâchoires. J’ai entendu la nuit des cris bizarres. Mais la pire des visions est celle de ces hommes avec leur fusil caché… J’ai même osé traverser des routes. Maman insistait toujours sur ces pièges.  Qu’allait être ma vie ainsi seul dans ce vaste monde ? 

S’apprivoiser :

Un jour j’ai osé me rapprocher d’une maison. De loin, j’ai vu un chat qui ne semblait pas craindre l’homme. Y avait-il des hommes différents sans fusil ? Pour mieux observer ce chat étrange, je suis monté, haut, dans un arbre. C’est là, que j’ai péché par orgueil. Je ne savais plus redescendre… Je suis resté, longtemps,   tétanisé par la peur. La peur qui sera toujours pour moi une sangsue plaquée à mon être… J’ai encore pleuré, beaucoup pleuré.  Sans doute alerté par mes gémissements, que je n’arrivais plus à contrôler, malgré les conseils de Maman, un homme, sans fusil,  est monté jusqu’à moi pour me saisir. J’étais certain de mourir dans ses grosses mains. Rapidement, il m’a enfermé dans un coffre. Puis j’ai entendu des sons étranges comme ceux que j’entendais au loin en traversant les routes. Puis, tout est redevenu silence. La lumière m’a ébloui. Les grosses mains de l’homme m’ont saisi, de nouveau, délicatement et je me suis retrouvé sur le sol, sur mes quatre pattes tremblantes, surpris de ne pas être mort ! C’est alors que j’ai ressenti une impression étrange. Je n’étais plus dans ma campagne ; mais aux abords d’une maison en briques rouges. Des gens me regardaient comme une bête extraordinaire et semblaient me lancer des compliments sur mon physique. Mais était-ce encore un piège ? Un piège que ma Maman n’avait pas eu le temps de m’expliquer ? J’hésitais à prendre la fuite ou rester dans cet endroit étranger à ma culture. Fuir pour aller où ? J’ai pris le parti de rester en priant notre déesse : Bastet ! 

Un autre monde :

Puis les choses se sont accélérées. Je n’étais plus certain de tout comprendre. Le lendemain matin, en traversant une haie, deux personnes ont aussi poussé des cris de joie à ma vue… J’avais encore très peur d’un piège inconnu. Je me souviens que je courais dans tous les sens en criant après ma pauvre mère. Il n’y avait pas de chien. L’homme était sans fusil. Il m’a donné un bol de lait. Je ne connaissais pas, mais c’était bon. Il a tenté de m’enfermer dans une grande pièce en verre. Là, j’ai violemment refusé. Je me demande, aujourd’hui, si je n’ai pas fait peur à ce brave homme. Il a alors décidé de me construire, dehors, une petite cahute bien douillette, avec un confort de choix : moquette, coussin, balle pour exercices, et même un petit miroir, où pour la première fois j’ai vu la couleur de mon pelage : je suis un roux.

J’ai donc décidé de rester dans ce lieu hospitalier, puisque rapidement, j’avais de la nourriture à gogo, des croquettes je crois ! Les hommes sont obligés de nommer les choses pour s’épanouir dans « l’avoir ». Alors, il fallait donc me donner un nom pour me « posséder » ! Ce sont les enfants de mon sauveur – le Monsieur de l’arbre – qui malicieusement – avaient repéré sur mes flancs deux superbes spirales – genre « @ » et comme je suis roux… Mon nom s’imprima logiquement dans l’esprit de ma nouvelle famille : « Spirou » ! C.Q.F.D.  Nom ou pas nom, je restais prudent. Durant un bon mois, je n’ai pas voulu entrer dans cette foutue maison de verre. C’est surtout la nuit, que seul, j’ai découvert les environs de mon nouveau domicile.  Tous les matins, j’avais droit à des salutations plus qu’amicales de la part de ce que je vais nommer : « mon Père » et « ma Mère ». Ce sont deux grands chats, qui ne connaissent rien à la chasse. J’ai donc décidé de les éduquer. Nous nous sommes apprivoisés lentement, les uns aux autres. Un jour, j’ai osé entrer dans cette maison en passant par la pièce tout en verre. Il faisait bon. Il y avait des endroits pour dormir, sur des coussins. Il y avait des recoins à scruter, en quête de souris ou autres bestioles. Pourtant, sur une moquette, j’ai cru sentir l’odeur d’un autre chat… Illusion peut-être. Mais ça valait le coup de camper dans ce lieu. Le temps a passé. J’étais bien dans cette maison ; mais le grand air m’attirait fortement. Maintenant, j’osais faire le tour du lotissement ; mais, il me restait au ventre cette peur. Peur des hommes, peur des autres chats, même si mon Père et ma Mère avait remarqué que depuis un moment, il y avait de moins en moins de chats… dans le quartier ! Là comme ailleurs, le malheur des uns faisait le bonheur d’un autre ! J’ai eu droit – aussi - à des soins particuliers chez le vétérinaire : Des piqûres pour préserver ma santé – une inscription dans l’oreille pour sceller mon lien avec mes nouveaux parents – et une opération qui, si j’ai bien compris, devait m’empêcher d’aller très loin ( ?) Je n’ai pas tout compris. D’ailleurs, je crois que ça n’a pas marché… 

Une vie de… chat : 

Il y avait comme ça des cycles : longtemps je restais « chez moi », je veux dire surtout dans les jardins avoisinants, puis par moment, pour quelques jours, je partais dans une ferme, au repos dans une grande cage…. Mon père appelait ça : « le stage à la ferme ! »  Humour noir ! On me donnait un calmant pour m’éviter des angoisses bien normales pour un fou de liberté… Je n’appréciais pas cet enfermement, même si j’avais la chance d’avoir toujours la bonne place près de la fenêtre. De ce perchoir, je pouvais contempler les animaux de la ferme ; mais les contempler seulement. Je rageais car j’avais entendu le fermier dire à mon Père que ses chats ne chassaient rien du tout, qu’il était obligé de mettre des pièges… Un comble. Il suffisait de me laisser quelques jours – ici- en liberté pour que j’assainisse ce lieu… J’ai bien tenté de me sauver, sans résultat. J’étais marqué au rouge sur le grand livre : « Spirou se sauve ! » Quelle réputation !  Durant mes séjours à la ferme – (je veux dire enfermer !)  mes parents, eux aussi partaient… je ne sais où. Les retours étaient magiques. C’est à celui qui montrait le plus son attachement l’un à l’autre. Pendant deux jours, je les suivais partout dans la maison avec mes « mia » attendrissants… Un chasseur sachant chasser : Puis lentement, la vie reprenait le dessus. Je rechassais jour et nuit. Il est vrai que le grand champ du bas était devenu ma propriété. Et parce que mon Père et ma Mère ne comprenaient rien à la chasse, pour les éduquer, je rapportais régulièrement mes trophées. Je les déposais délicatement sur leur tapis préféré et je les entendais s’exclamer : « Spirou a encore ramené une souris !  » (Même quand ce n’était pas une vraie souris !)   Pour jouer, il m’arrivait de les ramener vivantes et de les laisser se sauver dans la véranda…  Quel plaisir !  Ma Mère se sauvait, et mon Père, brave homme, apprenait, en ma compagnie, à chasser le rongeur, à quatre pattes comme moi, et sous la table, et sous le buffet et sous le fauteuil… Je lui laissais le soin de tuer l’animal. N’était-ce pas mon élève ? Et je partais très humble… la queue en l’air !  A lui de se débarrasser du cadavre… car je dois dire que je ne mangeais pas toutes mes proies ; mais Maman n’avait dit de toujours m’exercer…  Dans les bons jours, je pouvais attraper jusqu’à trois bestioles. J’aimais bien aussi chasser les oiseaux. Mais là, si j’arrivais à en choper un, je savais que systématiquement, à mon retour, j’avais droit à l’engueulade et l’oiseau toujours relâché par mon Père…. 

Ô jardin : 

Le plus drôle aussi, c’était l’été quand les travaux du jardin occupaient mon Père, ici et là, à ratisser la terre. Je voulais voir et pourquoi pas l’aider dans son travail. Alors, je mettais mon nez le plus près possible de l’outil, car avec mon Père je ne craignais rien. Il y avait toujours des insectes à attraper. Je peux même vous dire qu’il y en a de très savoureux. Mais attention, ma Maman m’avait appris à me méfier de tout ce qui pique, alors là… pas touche ! Et les grenouilles dans le déversoir ?  Toujours cachées au fond de l’eau… J’avais une tactique pour tenter de les prendre : boire toute l’eau… Mais je n’ai jamais su assécher le réservoir. Il faut dire que dans le Nord de la France, la sécheresse n’est pas un problème !  Dans les meilleurs jours, mon Père faisait un peu d’exercice physique : Il m’attirait. Tapait du pied pour me faire peur. Et là je faisais semblant d’avoir la frousse de ma vie. Je me sauvais de l’autre coté de la haie la queue en l’air. Puis je revenais lentement, et ce brave copain de jeu tentait de se cacher… Avec mon flair, en moins de deux je le retrouvais, et mon Père était le plus heureux des hommes !  Les jours de grands spectacles, au lieu de fuir chez les voisins, je sautais dans les arbres et là du haut des cimes, je toisais celui qui d’un seul coup me paraissait bien petit.  Il cessait de jouer. Je le voyais bien, il avait peur d’une chute. Puis je redescendais prudemment, jusqu’au palier en bois fabriqué pour m’éviter une fracture ! En parlant de hauteur, je ne sais pas si j’ose vous dire, ma première grosse bêtise que j’ai faite… 

Chat de gouttière ?

Oui, un jour en m’élançant depuis le capot de la voiture de la voisine, j’ai sauté sur le toit et monté jusqu’au faîte ! Là j’ai ressenti la même angoisse que celle connue dans l’arbre, quand j’étais petit. Je ne savais plus redescendre. J’allais, tout là haut, de cheminée en cheminée, et j’entendais des cris d’horreur monter depuis un petit groupe rassemblé autour de mon Père et de ma Mère à chaque fois que je passais au dessus d’une cheminée.  Quelques minutes plus tard, un homme avec une grande échelle m’a récupéré.  Je me suis juré de ne plus jamais aller sur les toits… Pourtant les oiseaux s’y posent et ça ce n’est pas juste !  Je vous le dis, j’étais au « Club-Med » !  Elle et Lui :  A la maison, car, je revenais parfois à la maison… J’avais deux rôles : Le premier rôle avec ma mère : tout était douceur.  Elle m’appelait souvent « mon chéri ».  Tous les matins, j’avais droit à une bise sur le front. Houp !  Je devais à chaque fois me toiletter pour retrouver toutes mes phéromones. Le top c’était le soir, quand je rentrais de bonne heure ! Elle était toute heureuse que je m’allonge sur elle, comme dans les pattes de ma Maman. Bien sûr à chaque fois, je sais que je lui causais de l’émotion quand dans un rêve, je jouais au chaton en piétinant sa vieille robe de chambre spécialement mise pour nos rituels… Plus par taquinerie que par recherche du confort, j’attendais que mon Père quitte sa place sur le divan, pour m’allonger de tout mon long sur ces coussins bien chauds. Il revenait et sagement, il se mettait au bout du divan en attendant que je retourne sur ma Mère… Braves gens ! Je dois vous dire aussi, que si je voulais leur inculquer les rudiments de la chasse aux rongeurs, j’ai tenté de leur apprendre à parler chat.  A chaque fois, que je pouvais : hop un petit coup de « mia ».  Ils me regardaient surpris et voulaient me répondre dans mon langage. En vain ! Je vous l’ai dit, je suis un peu taquin. Ce qui était drôle aussi, c’est quand, je faisais semblant de dormir, les yeux mi-clos.  Ils s‘approchaient de moi à pas de loup ( !)  et me parlaient doucement pour ne pas me réveiller brutalement. Et là à chaque fois, bêtement dans un réflexe incontrôlable : je remuais la queue ! C’est idiot ! Mais c’est comme ça. A force, ceci est devenu un jeu pour moi et pour mon Père et pour ma Mère… 

Le second rôle avec mon, Père : plus viril ! Lui c’était aussi mon frère chat. Si dehors, il savait jouer, à l’intérieur, il en était de même. Surtout dans l’escalier. J’aimais ce lieu de détente, car j’y étais le plus fort. Je dominais toujours la situation et mes coups de pattes – sans griffe – fusaient comme des éclairs sur mon pauvre Père qui n’avait pas assez de réflexe pour retirer sa main. Mais quand rarement, la situation était en ma défaveur, je quittais la scène de jeu pour me cacher sous le lit. Là position imprenable. Oui, j’avoue, c’était souvent quand par mégarde je griffais mon Père. Il criait « Ha !  Il m’a encore eu ! » Et ma mère de lui répondre invariablement : « Tu le sais… Tu l’as bien cherché ! » Et mon Père de se soigner à coup d’alcool et de pommades antiseptiques… « Avec ce qu’il attrape, je préfère me soigner ! » Prudent ce Père là !

L'accident : 

Même si mon nom est Spirou, il m’arrivait de faire « le Jacques » comme on dit ici. (Traduction le petit fou…)  Le 26 mai 2010, je suis sorti, comme d’habitude pour ma virée nocturne… Je ne suis pas rentré dans des temps raisonnables. Je sais que mes parents ont très mal dormi. Je ne pouvais pas rentrer car en début de soirée j’ai été happé par une voiture.  Par bravade, j’avais décidé de traverser la grande route, pour rejoindre une ferme où je pensais trouver de nombreuses proies. Mais, malgré ma crainte des voitures, j’ai été fortement bousculé par l’une d’elle qui par miracle ne roulait pas excessivement vite. J’ai su éviter le pire, néanmoins ma queue me faisait horriblement souffrir et je respirais d’une manière saccadée. J’attendais donc la mort sur le bas coté de cette route infernale. J’ai replié les pattes sous mon ventre pour me protéger du froid et pour couronner le tout, durant toute la nuit, j’ai reçu une pluie abondante… Je savais que mon Père viendrait me chercher. Je savais ; mais le temps me paraissait interminable… Arriverait-il à temps ? A six heures du matin, mon père était là. Un pressentiment l’avait dirigé vers ma couchette. Il venait de trouver une aiguille dans une botte de paille ! Il a tout de suite compris la gravité de mes blessures, et m’a emporté rapidement vers notre maison. En route, j’ai eu une très grande peur d’une voiture, j’ai tenté de me dégager de l’étreinte de mon Père qui me tenait fermement. Dans la panique je l’ai mordu à la main. Simple réflexe de survie. Il n’a pas lâché prise… En moins de deux, je me suis retrouvé sur la table du vétérinaire. Ce que j’ai entendu était effrayant : « sa queue est cassée. Il ne pourra plus faire ses besoins. Sa respiration irrégulière indique que les intestins ont percé le diaphragme. Je vais le garder. Vous repasserez en fin d’après-midi. » J’étais donc condamné à mort et mes parents avaient très bien compris le message. Je m’attendais donc à recevoir la fameuse piqûre qui règle tout. J’ai été pris en main par une jeune dame, très douce. Une radio de toute ma modeste personne a indiquée que je n’avais aucune fracture. Seul un gros hématome dans le thorax m’obligeait à respirer en saccades.  J’ai donc passé le reste de la journée dans une toute petite cage… en souffrant énormément de ma queue et de la poitrine. Mais, ma mort n’était pas programmée…  Ouf ! Mes parents sont arrivés vers dix-sept heures, certains de venir régler mon euthanasie… Je vous laisse imaginer leur joie. C’est la première fois, que je les voyais pleurer. Je suis resté quatre jours en observation. Je refusais de manger, à cause des douleurs. Mes parents me visitaient régulièrement et un jour mon Père m’a présenté mes croquettes, les bonnes, celle de ma maison. J’ai tout mangé dans sa main. Que c’était bon. De ce fait, je pu revenir chez moi. Durant trois semaines, je suis resté dans la maison interdit de sortie. Il faut dire que ma      queue n’avait plus de fonctions. Elle était comme inerte. J’ai même eu droit à un bac plus grand pour faciliter mes besoins… Bref j’étais chouchouté ! Puis la vie a repris le dessus. J’ai doucement, avec des soins appropriés retrouvé l’usage de ma queue. C’est très important pour un chat comme moi. Mais j’ai gardé le plus drôle pour la fin, si durant quinze jours j’étais sous antibiotiques, mon Père, à cause de ma morsure qui s’est infectée (malgré des soins) s’est retrouvé lui aussi sous antibiotiques. Mes cachets étaient bleus, les siens… orange !   

A l’eau : 

Mon régal : boire dans l’évier un léger filet d’eau fraîche que mes Parents voulaient bien laisser couler. Quelle douceur !  Une fois rassasié en eau pure, je restais un bon moment à regarder cette eau vivante. Mais je surveillais surtout le trou par où partait l’eau… N’oubliez pas je suis un vrai chasseur, et si une souris se cachait là ? Bon ça ne durait pas des heures et des heures, et je ne pense pas que par jeu, la facture d’eau a explosé ! Du canapé au bureau ou l’inverse : Mon Père passait de longs moments dans son bureau. Pièce sublime où il y avait effectivement une table de travail avec un ordinateur et surtout un canapé. Quand je revenais du dehors, je m’amusais en silence à lui faire peur en sautant brusquement sur son bureau et là, à moi le clavier, à moi le crayon… Mieux : j’appuyais mon dos sur l’écran. Tout ceci amusait mon Père qui finissait toujours par me gratter sous le menton. Quelques instants plus tard, je partais sur le divan me refaire une toilette et dormir longuement.  Il m’arrivais aussi parfois de m’isoler sous ce divan et j’entendais mes Parents se questionner : « t’as pas vu Spirou ? »  - « Il est pas dehors ? » - « Je cherche et je ne le trouve pas ! » - Puis soudain, la lumière : et on me découvrait dans ma cachette préférée ! Je feignais de ne pas avoir été découvert et mon Père jouait le jeu.  Une complicité de tous les instants !   

Si j’avais le temps, je vous parlerais de mon autre passion, celle de me cacher dans les endroits les plus inattendus… Oui, je suis né super curieux. Je m’intéressais  à toutes les nouveautés qui se présentaient : les paniers aux retours des courses – les seaux vides – les sacs lors de la tonte de la pelouse – les placards etc. Mais la palme revient à la cave !  Une cave pour un chat comme moi, c’est inespéré !  Quand j’avais l’autorisation d’y descendre, j’y passais des longues heures – à fouiller – à scruter – à attendre, voire dormir un peu ! Dormir… depuis cet hiver, grâce au froid, mes Parents m’autorisaient à dormir au pied de leur lit…  Je savais me placer pour ne pas les gêner…. Que c’était bon ! Invariablement, mon horloge biologique me réveillait vers les quatre heures du matin et moi, je réveillais mon Père en lui marchant sur le corps ou en grattant le bout du lit. J’étais le roi !    

 Voilà comment je vivais confortablement ma vie de chat dans un environnement paisible… enfin c’est ce que je croyais ! Même si la peur était ma tare, petit à petit, je prenais, si j’ose dire du poil de la bête… J’agrandissais, chaque soir, mon périmètre de chasse, en oubliant, et ma montée sur l’arbre, et mon escapade sur le toit, et mon accident… Et…   Faut bien vivre en chat libre ! 

Mon Père – à la philosophie un peu Bouddhiste – parlait souvent de « l’impermanence » des choses et des êtres… Dans ses grands moments d’aberration ou de lucidité, il disait : « ce qui est vivant mourra – ce qui est construit sera démoli ! »  Il avait aussi cette bonté de me dire que je le rendais « philosophe »… Rien que ça !  l ne savait pas que ce 24 janvier 2011, allait lui donner l’occasion de tester grandeur nature les bienfaits de ses méditations…  Donc, ce lundi 24 janvier 2011,  dès ma sortie du matin, j’ai eu la frousse de ma vie. Un chat piétinait mon territoire.  Il marquait de son odeur mes passages obligés. Bref, la sagesse m’a dicté de rentrer au plus vite à la maison. A quoi servirait un combat aussi stupide ? Par précaution… on ne sait jamais… j’ai passé le reste de la matinée sous le divan de mon Père. L’après-midi, je suis redescendu me cacher sur une chaise sous la table de la véranda. Mon coin aussi favori pour observer sans être vu ce qui se passait dehors. Plus de chat ! J’ai donc bien dormi jusqu’à 19 heures. Entre temps mon Père est venu me taquiner en me touchant la queue. Je n’aime pas ! Il le savait et je lui ai rappelé en lui donnant un gentil coup de patte inoffensif. 

C’était notre dernier geste d’amitié…

Ni lui, ni moi le savions !  J’ai fait ma toilette, puis détendu mes pattes, observé que la route était libre, j’ai bu un peu de l’eau des grenouilles et je suis parti faire mon tour… mon dernier tour… sans me retourner…  A cet instant où je quitte cette vie de rêve, je sais - que les routes sont dangereuses… - Je sais que la curiosité ne doit pas nous faire oublier les pièges…- Je sais que des hommes ont des fusils… - Je sais que d’autres hommes ont des fusils bien cachés dans leur cœur et que le poison est l’arme des lâches… - Je sais…  Mais je sais aussi, que d’autres humains comme mon Père, comme ma Mère, veillent sur nous les chats, que nous sommes liés par « des sentiments étranges » dont l’amour est le principal moteur. Alors, il me reste encore, selon les croyances, huit vies, huit vies pour donner de l’amour ; mais peut-être aussi pour punir… les lâches les destructeurs de bonheur !   Qu’on se le dise ! 

Signé : Spirou. 

(Léo-B)

 

 

Spirou l'escalier

Le 3 juin 2013, 08:04 dans chats et plus 0

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